Glauque. Du grec glaukos qui signifie vert pale. Mais en langage argotique (source wiki) se dit de ce qui est pénible, sinistre, ce qui inspire un sentiment désagréable, un malaise, provoqué par un aspect trouble.
" Ma bien aimée, mon abandonnée, ma perdue, je t'ai laissée là-bas au fond du monde, j'ai regagné ma chambre d'homme de la ville avec ses meubles familiers sur lesquels j'ai si souvent posé mes mains qui les aimaient, avec ses livres qui m'ont nourri, avec son vieux lit de merisier où a dormi mon enfance et où, cette nuit, j'ai cherché en vain le sommeil. Et tout ce décor qui m'a vu grandir, pousser, devenir moi, me parait aujourd'hui étranger, impossible. Ce monde qui n'est pas le tien est devenu un monde faux, dans lequel ma place n'a jamais existé. C'est mon pays pourtant, je l'ai connu... Il va falloir le reconnaitre, réapprendre à y respirer, à y faire mon travail d'homme au milieu des hommes. En serai-je capable?" Je crois que le moment le plus difficile a été de savoir qu'il avait tourné la page bien avant que je glisse timidement ma main dans la sienne dans la file d'attente de la cantine, qu'il serre ma main alors qu'il était déjà si loin. Avec son autre destinée... Et puis il y a vous qui vous êtes séparés. J'ai pris vos peines pour gonfler la mienne. La femme de ta vie qui est partie. Et cette blessure qui quoiqu'on dise ne partira pas, elle aura toujours un gout différent des autres, comme toutes les premières fois. Et j'ai beau te dire que la roue tourne mon ami, et tu as beau faire semblant d'y croire pour apaiser l'horreur que j'ai de vous voir souffrir, nous n'y croyons pas. Oh ma belle, ma chérie, je ne viendrai pas demain. J'ai tellement besoin de vous mais je ne veux pas vous voir. Je suis si nostalgique de nos années lycées que j'ai le coeur transpercé de vous retrouver et de vous perdre à nouveau. Tout m'échappe, vous glissez tous entre mes doigts, et j'ai beau essayer de les refermer, ils se réouvrent de plus belle. Ma chère maman... Que fuis-tu? Le vide qu'on a laissé en partant? C'est pour ça que même lorsqu'on revient tu es absente... J'ai l'impression de perdre tous les gens que j'aime parce que j'ai pas la force de supporter la distance. Et putain, Natacha, qu'est-ce que t'es allée foutre là-bas? On était pas bien toi et moi ici, à se taper des fous rires pour rien, à s'engueuler pour rien, pour finir par nous réconcilier. Personne ne remplacera jamais les moments que j'ai avec toi. Ma meilleure amie, ma chérie, ma confidente, ma méchante, mon petit moi bis mais en différent, je t'aime, tu me manques tant. Et toi aussi je t'ai aimé, mais tu ne voulais pas de mon amour. Que voulez vous que je fasse bordel de merde de toutes ces choses que je veux donner mais qui sont obligées de rester cloitrer dans cette minable enveloppe de graisse et de cellulite? Je vais devenir folle. Je deviens folle. Et puis il y a toi que j'ai aimé, et tu m'aimais encore plus. On s'entendait si bien. Tellement bien que je te voulais tous les jours, à chaque instant. Inspirer l'air que tu venais d'expirer, mettre du fluo partout dans ma chambre comme on l'avait si bien fait sur la porte. T'étais un putain de pote comme on les compte sur le bout des doigts. Puis j'ai aperçu un bout d'herbe. Toi, ma belle prairie, tu devenais si lointaine que s'en était un rêve et j'ai pris mon petit bout d'herbe pour y faire une sieste. J'ai voulu en faire une immense prairie. Mais ce n'était qu'un petit bout d'herbe. Vingt ans, l'âge où on bouffe la vie à pleine dents. Je me suis jamais sentie aussi vide, frustrée et totalement désemparée qu'aujourd'hui. "Je ne suis pas un adolescent romanesque. Je ne suis pas une brute congestionnée gouvernée par son estomac et par son sexe. Je suis raisonnablement raisonnable, sentimental et sensuel, et capable de maitriser mes émotions et mes instincts. J'ai pu rapidement supporter la vision de ta vie la plus intime, j'ai pu supporter de voir cette brute se coucher sur toi et entrer dans les merveilles de ton corps. Ce qui m'a bouleversé, c'est ce que j'ai lu sur ton visage. Tu aurais pu ne pas tuer cet homme. Il t'avait dit qu'il te conduirait dehors. Peut-être mentait-il, mais ce n'est pas pour assurer ta fuite que tu l'as tué, c'est parce qu'il était dans ton ventre et que tu ne pouvais le supporter. Tu l'as tué par amour pour Païkan. Amour. Ce mot, que la Traductrice utilise parce qu'elle ne trouve pas l'équivalent du vôtre, n'existe pas dans votre langue. Depuis que je t'ai vu vivre auprès de Païkan, j'ai compris que c'était un mot insuffisant. Nous disons "je l'aime", nous le disons de la femme, mais aussi du fruit que nous mangeons, de la cravate que nous avons choisie, et la femme le dit de son rouge à lèvres. Elle dit de son amant :" Il est à moi". Tu dis le contraire :" Je suis à Païkan", et Païkan dit " Je suis à Eléa". Tu es à lui, tu es une partie de lui-même. Parviendrai-je jamais à t'en détacher? J'essaie de t'intéresser à notre monde, je t'ai fait entendre du Mozart et du Bach, je t'ai montré des photos de Paris, de New York, de Brasilia, je t'ai parlé de l'histoire des hommes, de celles du moins que nous connaissons et qui est notre passé, si bref à côté de la durée immense de ton sommeil. En vain. Tu écoutes, tu regardes, mais rien ne t'intéresse. Tu es derrière un mur. Tu ne touches pas notre temps. Ton passé t'a suivie dans le conscient et le subconscient de ta mémoire. Tu ne penses qu'à y replonger, à le retrouver, à le revivre. Le présent pour toi, c'est lui."